Plasmas, de Céline Minard (2021)

Plasmas est un recueil de nouvelles singulier et plein d’intelligence. Le fil rouge qui réunit l’ensemble des textes est qu’ils concernent, du moins on peut le supposer, un monde futur, où d’importants bouleversements ont eu lieu. Ce qui est remarquable, c’est à la fois l’inévidence de l’objet – plus d’une fois, on se surprend à se demander de quoi il peut bien s’agir. « Ils ». Mais qui sont-ils, « ils » ? Texte En l’air – et la très grande précision analytique des situations, des êtres, et de leur environnement. La phrase à tiroirs est maîtrisée, jamais gratuite. Par ses sujets et par son style, c’est une expérience sensorielle étonnante que propose Céline Minard. Le texte Grands singes a quelque chose de simplement génial de ce point de vue. Il y est question de territoire sonore, de flux, de variations. La narration est décentrée, l’humaine est ici celle que l’on observe, à travers, disons, la phénoménologie des singes, en train de rechercher le contact des primates. Le recueil franchit les frontières, le vivant n’est pas quelque chose, c’est ce qui traverse les êtres, et se métamorphose, parfois naturellement, parfois aidé par l’expérimentation (on pense au texte Grands chiens). La nouvelle Casino baldo quant à elle construit une rêverie sur le temps, la mémoire, en tissant des liens entre le corps, les rituels quotidiens, les souvenirs. Enfin, soulignons la grammaire philosophique qui hante une bonne partie de ces excellentes pages. Dans Les ricochets, il est difficile de ne pas penser à la distinction toute pascalienne entre intuition et raison, entre la saisie de l’instant, et la maîtrise technique et scientifique. Distinction qui concerne ici l’art du lancé de galet… Le concret, le mouvement, la vie encore. Disons-le pour conclure : le T.O.R valide ! C’est un très bon livre que voilà, exigeant et poétique.

Publié par Payot et Rivages (2021)

Stéphane Croenne

Extrait :

« La première fois que le guetteur avait croisé son regard, la première fois qu’un jeune avait tendu le bras pour l’effleurer du dos de la main, la première fois qu’Adda lui avait intimé et permis une séance de toilettage et qu’elle avait, elle, touché sa peau sous les poils, la sensation avait été la même, elle l’avait reconnue, sortie de la nuit des temps, intacte et familière au point d’en être bouleversante. C’était le caractère propre de l’archaïsme, ce retour fulgurant de l’évidence, doublé du pressentiment de la perte, de la nette intuition que, de cela, elle ne serait jamais repue ni sevrée.

C’est peut-être au fond exactement ce qu’elle était venue chercher. Plus que la science de la vie dont ils faisaient preuve depuis si longtemps, plus que le secret de leur résistance – qu’une poignée d’humains avaient malgré tout reconnu et conforté –, plus que leur imprévisible faculté d’adaptation lente, faussement passive, plus que leur fatalisme. Leur simple contact. »

Avis de naissance : Les éditions Musidora

Une étoile est née : les éditions Musidora viennent offrir un nouvel écrin à la littérature de l’Imaginaire, et la nouvelle a de quoi réjouir ! Tout d’abord, parce qu’elle permet à l’auteur de ces lignes de faire sortir son bazar à chroniques de la torpeur dans laquelle il était plongé depuis un temps certain, ce qui n’est pas peu… Ensuite, parce qu’en matière d’édition, nous avons appris suffisamment de fermetures ces dernières années, pour ne pas s’enthousiasmer de voir la pulsion de vie reprendre quelques couleurs. Ce sont autant d’oeuvres, qui, de cette façon, vont pouvoir rencontrer leurs lecteur(trice)s. Enfin, ayant la chance de connaître, comme professionnel, et mieux encore, comme ami, l’un de ses fondateurs, Nicolas Tellop pour ne pas le citer, on peut être serein quant à la valeur de l’entreprise : le mixte énergétique est optimal, passion et rigueur, sérieux et fantaisie, de l’expérience et de la jeunesse ! On me dira que je manque d’objectivité, à quoi l’on me permettra de répondre, à l’anglaise : Knowledge comes through the senses. Ou encore : lorsque je chronique un roman, c’est bien parce que je l’ai lu. Je le « connais » : horreur ! Mais où sera donc la sainte distance de l’objectivité ? Au diable ces précautions, Le T-O-R vous dit que la promesse est belle, et que tous les acteurs de l’Imaginaire peuvent se réjouir de voir atterrir ce nouvel et charmant astronef sur leur planète. Pour en savoir plus, allez donc par ici : https://leseditionsmusidora.com/ On y annonce le premier projet de publication : L’anachronopète, d’Enrique Gaspar, enfin traduit en français. Pour soutenir le projet, car tout navire a besoin de vent dans les voiles pour gagner le large, vous rendre par ici pourrait ne pas être inutile : https://www.ulule.com/anachronopete/

Stéphane C.

Plus noir que la nuit, de Jack Williamson (1940)

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« Vous êtes-vous déjà demandé, messieurs, pourquoi le Mal existait ?… » (p.48)

Will Barbee mène la vie banale d’un journaliste dans la petite ville sans histoires de Clarendon. Il fait la connaissance d’une consoeur débutante, April Bell, qui lui demande son aide pour couvrir le retour de l’expédition scientifique du docteur Mondrick, anthropologiste, dans le désert de Gobi. Qu’ont découvert les membres de l’expédition, et quelle menace semblent-ils redouter ? Le journaliste et sa nouvelle amie vont enquêter et suivre une série de morts qui semblent accidentelles mais dissimulent des causes surnaturelles.

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Le récit de son épouse, d’Ursula Le Guin (1982)

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« C’était un bon mari, et un bon père. Je n’y comprends rien. Je n’y crois pas. Je ne peux pas croire que ça soit arrivé. Je l’ai vu arriver mais ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible. Il était toujours si gentil. Si vous l’aviez vu jouer avec les enfants, quelqu’un le voyait jouer avec les enfants saurait qu’il n’y avait rien de mauvais en lui. » (incipit)

Cette belle nouvelle d’Ursula Le Guin revisite le motif du loup-garou en ajoutant 2 idées simples mais très justes. Lire la suite

The Wolf Man, réalisé par Waggner (1941)

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« Même un homme au coeur pur
qui dit sa prière le soir
peut devenir loup quand l’aconit fleurit
et que la lune d’automne brille »

Pendant les années 1930, les studios Universal ont acquis une grande réputation pour avoir remis à l’honneur une série de monstres gothiques émanant de la littérature anglaise, et pour avoir défini les codes visuels qui les caractériseront à l’avenir : le vampire Dracula de Bram Stoker (incarné par Bela Lugosi en 1931), la créature de Frankenstein imaginée par Mary Shelley (incarnée par Boris Karloff en 1931), l’homme invisible de H. G. Wells (interprété par Claude Rains en 1933), sans compter la Momie (incarnée par Boris Karloff en 1932). Lire la suite

L’homme qui rétrécit, de Richard Matheson (1956)

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Un jour, Scott Carey constate qu’il est frappé d’un mal étrange :

« Avec la régularité d’un mécanisme d’horlogerie, il diminuait d’un septième de pouce chaque jour. » (p.102)

La totalité de son corps rétrécit proportionnellement, sur un rythme lent mais inéluctable. Contrairement à un récit fantastique classique, la métamorphose n’est pas brusque et radicale, elle semble à première vue superficielle mais est vécue comme une dégénérescence contre laquelle il est impossible de lutter, ni même de garder espoir. Lire la suite

Les Affinités, de Robert Charles Wilson (2015)

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Et si nous vivions dans une société découpée en réseaux sociaux de plus en plus sélectifs et fermés ?

INTERALIA

Pour se trouver parmi les autres

(p.23)

Adam Fisk a une famille compliquée, un père et un frère qui ne pensent qu’à la réussite financière, une belle-mère un peu effacée, et un demi-frère, Geddy, fragile et mal dans sa peau. Sa famille vit dans la ville de Schuyler dans l’Etat de New York ; et il n’est soutenu que par sa grand-mère qui finance ses études d’art à Toronto. Mais, suite à une manifestation où il est pris à partie,  il décide de contacter la société InterAlia pour réaliser une série de tests biologiques et psychologiques qui déterminent s’il peut faire partie d’une « Affinité ». Lire la suite

Le monde au XXIIe siècle, PUF la vie des idées.fr (2014)

Il s’agit d’un recueil de textes coordonné par Nicolas Delalande, du Centre d’histoire de Sciences Po, et Ivan Jablonka, professeur d’histoire à Paris 13. Sous-titré Utopies pour après-demain, l’ouvrage, de 2014, illustre la tendance récente qui consiste à renouer avec le genre utopique. Si pas pour déboulonner la dystopie, à tout le moins, pour contrebalancer sa pléthorique production.

Un des atouts de cet ouvrage, c’est qu’il fait intervenir un certain nombre d’expertises, par lesquelles on suit les lignes de courbe déjà existantes avec un fond de vraisemblance. On ne rêve pas d’Eldorado, et on ne refait pas le monde à la sauce Shadocks – même si celui-ci ne manquait pas de charme ! -. C’est donc un vingt-deuxième siècle plausible qui nous est proposé, et conformément à l’idée de départ de l’ouvrage, un monde meilleur que le nôtre. On est donc plus sous le parrainage de Fourier ou Cabet, que celui d’Orwell ou d’Huxley.

Ainsi, Jean Gadrey imagine un vingt et unième siècle au futur antérieur, où l’on retrace les grandes étapes de la réduction des écarts entre les salaires, dans Quand les écarts de revenus furent enfin plafonnés. Texte intéressant et séduisant. Son talon d’Achille, c’est que le point de bascule de la législation est positionné entre les années 2010-2020… Or, il ne s’est pas passé grand-chose ces derniers temps en la matière ! Mais la question de l’argent et des revenus est souvent absente des fictions utopiques, et on apprécie qu’il soit ici enfin pris en compte.

Autre exemple : le texte d’Yves Sintomer, qui envisage l’extension de l’usage du tirage au sort dans le fonctionnement de nos démocraties. À retenir. Et cette méthode de gouvernance a déjà fait ses preuves sur certains points du globe.

On est plus sceptique avec le texte de François de Singly, Quand nous avons aboli le mariage, qui ne manque pas d’intérêt, mais le contenu idéologique pèse fort sur l’anticipation. C’est une chose de permettre à chacun de conquérir sa liberté juridique et sociale, c’en est une autre d’interdire des formes d’union de manière brutale et verticale. En outre, généraliser de manière contraignante l’éducation de tous les enfants par un seul adulte, en ayant supprimé entre eux, au préalable, la filiation naturelle, voilà une idée qui nous rend perplexe. Trop soviétoïde pour nous. On oublie donc les moyens, même si on salue la fin : plus de parité et d’égalité homme/femme.

Deux derniers exemples pour terminer : La Grande Evasion, de Jean Bérard, qui imagine une société où… Il n’y a plus de prison. Parce qu’elles ne sont plus nécessaires. Michel Foucault, viens donc voir ça ! L’auteur imagine qu’on peut faire l’hypothèse d’un telle société, en jouant sur la prévention, la redéfinition et la durée des peines, la fin de l’obsession médiatique et politique pour le fait divers, et du culte du chiffre en matière pénale. On essaie ?

Enfin, texte intéressant là aussi de Jacques Rodriguez : les dérives de la société sanitaire. Réflexion menée à partir du livre Erewhon de Samuel Butler (1872), dans lequel est dépeinte une société où l’on traite les malades comme des criminels, et les criminels… comme des malades.

L’ensemble est complété par 2112, Paris à grande vitesse, de Michel Parent ; De l’incongruité des pratiques agricoles et alimentaires du XXIème siècle de Matthieu Calame. Et, en ouverture, la nouvelle d’Alexis Jenni, C’est quoi, loin ?

Une lecture instructive et plaisante.

Stéphane Croenne

The Leftovers, saison 1, D. Lindelof et T. Perrotta (2014)

Comment vivre, après la disparition soudaine et inexpliquée de 2% de la population mondiale ?

C’est la question qui ouvre le premier épisode de la saison 1 de The leftovers. Des millions de personnes se sont littéralement volatilisées, le 14 octobre, alors qu’elle étaient chez elles, au travail, en voiture, faisaient leurs courses… Comme cette maman qui, sortant de la laverie automatique, portable à l’oreille, constate qu’à l’arrière de la voiture, son bébé n’est plus dans sa nacelle.

Les auteurs placent la porte d’entrée du drame trois ans plus tard, dans la petite ville de Mapleton, qui s’apprête à commémorer l’événement. Rien n’y est plus comme avant. Tout le monde ou presque a perdu quelqu’un, sans pouvoir en faire le deuil. Certain-e-s, même, ont perdu toute leur famille, comme Nora, qui n’a pu que constater la « disparition » de son mari et de ses deux enfants.

La série développe une atmosphère trouble, entre le rêve oppressant, et la réalité brutale et sombre. Le montage est intelligent, efficace, et plusieurs lignes narratives s’enchevêtrent dans chaque épisode.

Le point fort et original de la série, c’est de ne pas se centrer sur la grande Disparition (la « rapture », en anglais). Est-ce une action divine ? – la série est imprégnée de références et de thèmes religieux -, est-ce un bug cosmique ? Tout le monde s’interroge bien-sûr sur cet échantillon d’Apocalypse, mais on n’est pas chez Conan Doyle, la série n’a pas l’ambition de nous emmener sur le terrain d’une énigme à résoudre. On va davantage explorer la psyché des protagonistes, dans un monde où tout est frappé d’absurdité, et où chacun tente de conjurer l’angoisse comme il peut. On suivra le quotidien tourmenté d’un policier de Mapleton, incarné par Justin Theroux, ses enfants, son ex-femme, partie rejoindre une secte qui, face à l’indicible, a choisi le silence total – bonjour Wittgenstein, et la proposition 7 du Tractatus, d’ailleurs évoqué dans la série – on retrouve, dans le rôle de gourou, Ann Dowd, ultra-convaincante (Tante Lydia, dans La Servante écarlate). Et le génialissime Christopher Eccleston, dans le rôle du pasteur.

On comprend assez vite qu’on aura peu d’éléments explicatifs à propos de cette « volatilisation ». Mais l’essentiel n’est pas là. Il s’agit plutôt de mesurer l’impact des absents sur les présents, les éclaboussures du vide sur la vie, la trace du Néant sur l’Etre. Personne n’en sort indemne. Et entre psychologie, religion, philosophie, le bassin de questions posées par la saison 1 est très vaste.

À noter la musique de Max Richter, lancinante, délicatement torturée, au top.

A lire : Les disparus de Mapleton, de Tom Perrotta, roman dont est tirée la série. 

Saison 2 à suivre !

Stéphane Croenne

Je suis la reine, d’Anna Starobinets (Folio SF, 2015)

Je suis la reine est un recueil de nouvelles fantastiques de l’auteure russe Anna Starobinets, publié d’abord par les éditions Mirobole, et remarquablement traduit par Raphaëlle Pache.

Coup de cœur absolu pour cet ouvrage. La qualité est homogène, chaque nouvelle se distingue de l’ensemble par son idée, tout en s’insérant dans l’atmosphère générale qui se dégage de l’œuvre. L’atmosphère justement : on se trouve à la couture du fantastique et du réalisme, avec une constante très sombre. Dans les six nouvelles, le décor initial est toujours la réalité ordinaire, triviale, même s’il faut éviter ici les poncifs sur « le fantastique russe ». On aimerait faire le rapprochement avec Gogol pour la richesse foisonnante des figures de l’étrange (les Nouvelles de St-Petersbourg), mais il y a presque toujours chez Gogol un arrière-fond très nettement social et politique. Anna Starobinets s’attache davantage aux questions d’identité, à la nature opaque et bizarre de l’existence. On est toujours seul, dans ce recueil. On ne connaît jamais vraiment son prochain, son voisin, sa famille. On ne se connaît pas soi-même. La plupart du temps, on assiste au basculement du névrotique au psychotique, la réalité ordinaire du départ devient peu à peu un univers inquiétant et noir, où les points de repère de la normalité volent en éclat. Ce qui justifie le tour fantastique de l’écriture, économe dans ses moyens, mais puissante dans ses effets dérangeants.

La première nouvelle, les Règles, met en scène un jeune garçon qui de manière maniaque et irrépressible applique à chaque instant de son quotidien de petites règles strictes, rigoureuses dans leur nécessité, et toujours absurde dans leur (non) sens. Une seule de ces règles mal observée, et voici l’enfant, totalement débordé par son mal-être et écrasé par cette mécanique qui le broie comme un destin… Bientôt, il se sent coupable des malheurs frappant sa famille, comme si les « Règles » le punissaient du moindre écart… Il ne lui reste plus qu’à se lancer dans le genèse et le respect de nouvelles exigences, toujours plus inquiétantes, asphyxiantes et dangereuses…

Dans la nouvelle La famille, un homme se rend progressivement compte que toutes les choses qui constituent sa vie lui sont totalement étrangères… Sa femme, son chien, son adresse… Et le puzzle n’est pas près de se reconstituer…

La nouvelle la plus imposante, éponyme du recueil, Je suis la reine, n’est pas sans rappeler La métamorphose de Kafka. Mais la dynamique du texte est renversée : dans la Métamorphose, le protagoniste a un corps d’insecte, immédiatement perçu et vécu comme tel par lui-même et par l’entourage, tandis que son esprit, bon an mal an, demeure celui d’un humain qui raisonne, et qui tente de se manifester aux autres. Ici en revanche, Maxime, tombé malade à la suite d’une promenade dans la forêt de Iassenievo avec sa mère et sa sœur jumelle, conserve son apparence de garçonnet. Mais quelque chose de noir et de froid s’installe en lui… Analytique, organisé, et foncièrement malveillant. Une créature (plurielle) s’empare de son âme, prend lentement le pouvoir… La lecture du journal de l’enfant (qui permet à Anna Starobinets de déplacer le point focal de la narration et de jouer ainsi le dévoilement) explique l’éclatement progressif de l’identité de Maxime, de sa disparition, et rend compte des bouleversements observés dans ses manies et son comportement toujours plus dérangeant et inhumain. Ainsi, on glisse toujours vers l’horrifique mental, le malade. La psyché assistant à sa propre perdition. D’ailleurs, le titre, Переходный возраст, croit se souvenir votre serviteur, peut se traduire par « âge transitoire » : on est dans le passage obscur qui mène du normal au pathologique, et de l’ordinaire au fantastique. Une allégorie de l’adolescence ? Peut-être.

Dans le même ordre d’idée, évoquons la nouvelle J’attends, où un homme laisse pourrir un pot de soupe dans son réfrigérateur… Glauque, et plausible. Bientôt, la pourriture ainsi cultivée devient une sorte de créature, pour laquelle le protagoniste aliène de manière radicale toute son existence…

Pour la nouvelle L’agent, on laissera au lecteur le soin de découvrir par lui-même l’idée de départ assez remarquable (difficile d’en parler sans anéantir la portée du texte, on se contentera de cet humble teasing).

Enfin, L’éternité selon Yacha, quoique toujours sombre, est peut-être le texte qui se distingue le plus des autres par son propos. En effet, il ouvre littéralement sur une dimension métaphysique inattendue mais bien amenée, et nous fait sortir du bizarre existentiel pour tendre vers une vision cosmologique, une histoire du monde, une clef du réel… Et c’est la science-fiction qui pointe le bout de son nez. Bref, on en redemande !

Stéphane Croenne