« Le monde, tous droits réservés », de Claude Ecken (1994)

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Et si toute information pouvait être protégée par copyright par le journaliste le plus rapide ?

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Des milliards de tapis de cheveux, d’Andreas Eschbach (1995)

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Des milliards de tapis de cheveux, d’Andreas Eschbach (1995)

Et si tout un monde était voué à tisser sans relâche des tapis de cheveux en l’honneur d’un empereur dont on ne sait rien ?

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Nous qui n’existons pas, de Mélanie Fazi (2018)

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« Est arrivé un jour où la fiction n’a pas suffi. » (p.15)

Après Yirminadingrad et Lisa Tuttle, voici la nouvelle parution des éditions Dystopia. Comment le présenter, sans le trahir dès la première phrase ? Un texte qui ose questionner les catégories, de genre en particulier. C’est déjà ça, mais c’est trop peu. Où le ranger, sur quelle étagère ? Essai, témoignage, confession ? Quel serait le bon terme ? Lire la suite

Coin-coin et les z’inhumains, de Bruno Dumont (2018)

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On prend les mêmes et on recommence ! Selon les mots de Bruno Dumont lui-même (pendant la présentation qu’il en a faite au festival de l’Etrange 2018), la série P’tit Quinquin (2014) était déjà un pastiche de série policière particulièrement réussi avec sa galerie de personnages burlesques et ubuesques, et la 2e saison enfonce le clou et se pastiche elle-même de plus belle, en replongeant les mêmes tronches cabossées dans les mêmes paysages de dune et de campagne désindustrialisée.

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Nuit de cendres, de Julie Limoges

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Nuit de cendres, tome I du cycle Le soleil des hommes, est une épopée qui se déroule dans un univers que la lumière a déserté. Difficile d’ailleurs de situer l’espace-temps de ce récit : les références médiévales sont nombreuses (des troubadours, des malandrins, un monde organisé ou réorganisé en duchés…), mais références mêlées à des figures tirées du bestiaire fantastique ( les goules ), l’ensemble s’inscrivant clairement dans une veine d’heroïc fantasy. Voilà pour le cadre.

L’action : Akhyla et sa petite troupe de mercenaires doivent dérober un mystérieux objet, une sphère couleur bronze, dans la statue du dieu de Pranak. Celle-ci se trouve dans une auberge aux abords poisseux, bondée de Multins, de monstres et de soudards. Dans cet univers assez glauque, il pleut, beaucoup, ça pue jusqu’à la nausée, et ça cogne fort très vite.

Les Multins, dites-vous ? Les hommes sont pris en tenaille entre ces derniers qui viennent du nord, créatures difformes et peu commodes, ennemies des humains, et les morts-vivants, au sud. Le roman déroule avec vigueur cette équation de géographie survivaliste. Dans ce monde disloqué et éteint, les hordes et les espèces se croisent, cohabitent au gré des circonstances, et se font la guerre. On n’est parfois pas loin d’une ambiance far-west, avec bagarres au zinc revisitées. La noirceur du récit est relevée par les nombreux moments d’action purs et durs, et le style parfois parlé et direct de l’autrice, y compris hors-dialogue. Ce qui donne au texte sa tonalité assez singulière, toujours cohérente.

Un point important à noter : c’est un univers sombre, fuligineux, mais pas cynique. Tout s’est (presque) effondré, mais il subsiste encore quelques sentiments et valeurs en ce bas-monde. On n’ira pas jusqu’à parler d’un conte moral. Mais il y a toujours quelques points de lumière possible dans cette grande Nuit.

Un premier tome assez réussi et bien bouclé, édité par les soins des éditions Hydralune. Le second tome s’intitule Jusqu’au ciel. À suivre !

Stéphane Croenne

Extrait 1 :

« Gouuuule ! » se secoua Akhyla.

Il la repoussa d’un revers de bras et évita de justesse son compagnon en décomposition qui frôla sa jambe. Il se releva, non sans tituber, pour constater avec appréhension que les créatures l’encerclaient. Les gladiateurs avaient déserté la fosse, laissant la dizaine de morts-vivants en roue libre.

« Et j’arrive à point nommé… » pensa-t-il.

Il entendait leurs bruits hideux de déglutition sirupeuse et celui glaçant de leurs cartilages. Enfants, courtisanes, malandrins, marchands : quoi qu’ils eussent pu être dans le passé, ils étaient tous égaux dans leur non-mort. Ils dégageaient tous cette odeur immonde de chair pourrie gorgée d’eau et leurs haillons ne cachaient guère ce qui restait de leur anatomie dégoulinante. Il fallait qu’il s’échappe d’ici !

L’une des goules se précipita sur lui…

Extrait 2 :

Le coeur d’Akhyla s’était soulevé sous l’effet de la chaleur étouffante dès son entrée dans l’auberge de Tali, quelques heures plus tôt. Sous l’effet de l’odeur rance, aussi.

La fumée épaisse, provenant autant de l’aération des cuisines que du poêle massif, emplissait l’immense salle basse de plafond. De la nourriture et des boissons diverses encombraient les larges tables en bois disposées le long des murs et des détritus jonchaient le sol. Les discussions des clients, même celles des plus enivrés, peinaient à se faire audibles dans le brouhaha ambiant. Seuls perçaient le tintement des couverts et le bruit des portes précédant l’arrivée des plats. Beaucoup de monde s’amassait dans le modeste établissement et la place venait tant à manquer que l’on se bousculait sans vergogne.

L’uchronie, d’Eric B. Henriet (Klincksieck, 2009)

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L’ouvrage, paru en 2009, est un ensemble de réponses précises et détaillées à cinquante questions (c’est le propre de la collection) posées à l’uchronie.

  1. D’où vient le mot « uchronie » ?

  2. Quelle est l’oeuvre fondatrice du genre ?

  3. Y a-t-il une préhistoire du genre avant Geoffroy et Renouvier ?

  4. En dehors de France, quand apparaissent les grandes uchronies ?

Et ainsi de suite.

Préface d’Emmanuel Carrère (pp. 11-14)

Eric Henriet procède à un gros travail de discrimination, pour tenter de classer les oeuvres dans leur genre respectif, et dégager des paramètres définitionnels spécifiques à la fiction uchronique. Le sentiment qui se dégage est qu’on a là une esquisse d’ « herbier » théorique, construit pour appréhender la littérature de l’imaginaire dans son ensemble, et répertorier ses catégories. C’est très exigeant. Trop ? Quoi qu’il en soit, le propos est nourri, les références nombreuses. Pour 200 pages de contenu, on a 33 pages de bibliographie. Un bon ratio. On apprécie également la prise en compte de la réception des oeuvres, et non de leur simple publication. Last but not least, l’auteur n’oublie pas l’épineuse question de la traduction, doublée de celle de la diffusion. L’uchronie dans tous ses aspects, et dans tous ses états.

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Quatrième de couverture :

Et si Ponce Pilate avait gracié Jésus ? Si Hitler était mort en 1930 dans un accident de voiture ? Si Napoléon avait gagné à Waterloo ? La suite de l’histoire du monde en eût été changée… Contrairement à d’autres formes de littérature de l’imaginaire où l’inventivité ne se donne pas de limites, dans l’uchronie il s’agit de réécrire une histoire probable à partir d’un point où les faits auraient pu diverger.

    L’uchronie est, disait son fondateur Renouvier, une « utopie appliquée à l’histoire », c’est-à-dire l’histoire « refaite logiquement telle qu’elle aurait pu être ». Le présent ouvrage, écrit par le spécialiste français de l’uchronie, propose définitions, descriptions et comparaisons qui permettent de saisir toutes les nuances de ce genre fascinant où la fantaisie rejoint souvent la méditation philosophique et la réflexion historique.

     Docteur en chimie, chercheur dans l’industrie chimique et pharmaceutique, Éric B. Henriet est spécialiste de l’uchronie. Il est l’auteur de L’Histoire revisitée. Panorama de l’uchronie sous toutes ses formes chez Encrage.

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Pour celles et ceux qui s’intéressent à l’uchronie, L’uchronie d’ Eric Henriet est donc un ouvrage de premier plan, qui complète bien, plus qu’il ne concurrence, l’excellent Guide de l’uchronie, plus récent, de Karine Gobled et Bertrand Campeis (ActuSF, 2014)

                                                                                                                               Stéphane Croenne

Le guide STEAMPUNK, d’Etienne Barillier et Arthur Morgan (ActuSF, 2013)

guide du steampunk

Excellent guide que celui-ci, consacré au Steampunk, co-écrit par Etienne Barillier et Arthur Morgan. Edité par ActuSF (2013).

Les auteurs sondent les origines du terme (que l’on doit à K. W. Jeter, Tim Powers et James Blaylock dans les années 1980), et du mouvement, nourri de l’esprit « Do it yourself ». Car le militant steampunk bricole et recycle.

Les différentes dimensions de ce mouvement sont bien développées : la dimension uchronique, car il s’agit d’une Histoire alternative, à partir d’un point de rupture technologique ; la dimension référentielle : la plupart des oeuvres steampunk intègrent des fictions, ou même des personnages historiques, dans leur propre fiction ; et enfin la référence plus ou moins directe à Jules Vernes et H. G. Wells, leurs oeuvres, leur imaginaire, leur esthétique.

L’ensemble est assez complet, on y trouve des fiches de lecture et des entretiens. La globalité de la production « culturelle » du steampunk est évoquée, avec la BD, le cinéma, les séries, les jeux, la musique, les costumes.

Les auteurs n’oublient pas le détour par le contexte social et politique, souvent éclairant.

Bref, un très bon « routard » pour celles et ceux qui désirent naviguer un peu dans cet univers protéiforme. Reste à savoir si les signes d’une émergence majeure de la culture steampunk, signes que guettent les auteurs de cet ouvrage, sont déjà passés depuis 2013 sans plus de retentissement, ou s’ils sont encore à venir. À suivre..

                                                                                                                             Stéphane Croenne

Sans un bruit, de John Krasinski (2018)

Bonne surprise pour les amateurs d’angoisse : Sans un bruit, de John Krasinski. Mais que nous vaut un tel enthousiasme ? Certainement pas le point de départ : des aliens ont élu domicile sur Terre depuis 89 jours pour se remplir la panse. Jusque-là, rien de neuf à l’horizon, mon commandant. Non, ce qui donne un tour singulier à ce film, c’est l’option choisie pour le mode de prédation : le son (bon, ben c’est le titre, donc). D’un point de vue sensoriel, le début du film est une réussite. Une famille s’organise, dans sa maison perdue en pleine cambrousse, pour créer un quotidien où tout bruit doit être impérativement proscrit, sous peine de voir débarquer des grosses bêtes très moches, peu accessibles au dialogue constructif (Bye bye Premier contact), et surtout, aveugles certes, mais dotés d’un sens de l’ouïe redoutable. Chaque geste, chaque mot, chaque pas sur la mauvaise planche peut faire surgir la terreur.

Et ne faire aucun bruit, dans un univers post-apo, avec des enfants… forcément, ça stresse. On a rarement vu une salle de cinéma aussi calme. Un film d’horreur ? D’abord une expérience sensorielle, où le son est le personnage central.

Dans un coin de la tête : les films consacrés à l’Occupation. La fouille des maisons par la Gestapo.

Les enfants, justement : on ne dira rien de la scène d’ouverture, ou plus exactement, la scène 2 de l’Acte I : à la fois très attendue et stupéfiante. Pour le reste : une jeune ado sourde et muette, qui négocie le silence comme elle peut dans un monde qui ne lui dit rien ; un gamin terrifié auquel on va demander beaucoup de cran ; et un troisième qui arrive… Car oui, maman est enceinte (Acte II, scène 1, après une longue ellipse temporelle). La scène d’accouchement ? Des trouvailles, une comédienne impeccable, un montage plutôt intelligent. Et le stress monte encore d’un cran. Un bon film, on vous dit. Pas un énième « Home Invasion » vu et revu.

Autre point à mettre au crédit de la réalisation : il n’y a pas de surenchère dans l’horrifique. On est finalement plus proche de Hitchcock que de Ridley Scott. Pour les amateurs d’organismes imaginaires et de bestioles interstellaires dont l’auteur de ces lignes fait partie, pas de panique : on a le temps de voir le résultat : la « tête » qui n’est rien d’autre qu’une sorte de gros artichaut auditif est une idée assez originale. Mais Krasinski nous épargne les explosions de sang et l’hémoglobine gratuite. Amateurs de gore, passez votre chemin. Il n’y en aura pas assez pour vous.

Ainsi, on aura apprécié les nombreuses idées qui construisent l’intelligence de ce film : comment masquer les pleurs d’un nourrisson sans le mettre en danger (un tuyau pour les jeunes parents ?), dans un monde où le silence est la condition de la survie. Ou encore, comment un simple clou qui dépasse d’une planche peut créer un point d’attente particulièrement pénible et efficace. Ou enfin, comment faire d’un silo à grains un véritable théâtre d’angoisse.

Pour éviter le dithyrambe, car il faut toujours espérer mieux, il y a bien deux ou trois faiblesses à relever : comment peut-on prendre le risque de faire un enfant dans un tel monde, et mettre en danger l’ensemble de la famille ? Mais bon, admettons la thèse de « la vie qui doit continuer ». Ensuite : la petite maison de campagne est tout de même assez high-tech et très énergivore. On a peut-être raté un élément explicatif, mais l’électricité, il y en a donc toujours ? Après tout, peut-être. Mais surtout : on apprend au milieu du film que les gros bruits masquent les petits, et qu’on est en sécurité lorsqu’on discute normalement auprès d’une cascade. Mais alors, étant donné l’enjeu, pourquoi ne pas aller s’installer auprès d’une source de bruit importante et continue, au lieu de s’isoler dans une baraque dangereusement calme au milieu de nulle part ? Attachement au foyer ?… Aux souvenirs ?… Commodités pratiques ?… Peut-être, peut-être…

Mais ces questions n’enlèvent rien à l’intérêt de ce film, pour les amateurs du genre. On n’avait pas adhéré autant à un film de prédation depuis Hidden, pour ne pas dire Les Chasses du comte Zaroff ! Alors ne boudons pas notre plaisir.

                                                                                                                   Stéphane Croenne

Pour prolonger : à lire, l’interview des principaux comédiens du film dans le N°101 de SF mag

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Sous béton, de Karoline Georges (2011)

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Dans un monde détruit depuis bien longtemps par la pollution et les catastrophes naturelles, ce qui reste de l’humanité se retrouve parquée dans un Edifice gigantesque de béton. Chaque famille vit cloîtrée dans une cellule minuscule, d’où personne n’a le droit de sortir, à moins d’être expulsé et condamné à une mort immédiate. Lire la suite