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Ce court roman est signé Pit Agarmen, anagramme-pseudonyme du romancier Martin Page dont c’est la première incursion dans la littérature de genre, et qui nous projette ici en pleine apocalypse zombie.

Son personnage – alter ego, Antoine Verney, auteur de romans à l’eau de rose, asocial, se sent toujours à l’écart des autres, en marge ; le lendemain d’une soirée arrosée il se réveille seul dans un appartement maculé de sang, et il découvre que la zombification a commencé, en plein cœur de Paris. Pas de surprise ni d’effroi particuliers, il lui semble presque banal que ce scénario si familier dans la culture populaire devienne réalité. Il est juste triste de ne plus revoir ses proches, en faible nombre, mais il se réjouit aussi de ne plus revoir tous les autres, en masse, et s’habitue très rapidement à ce nouveau mode de vie : il se terre dans son appartement de fortune, bloque les issues, assiste de loin au massacre des autres survivants. Pour passer le temps, il organise son quotidien, s’occupe principalement en lisant et en écrivant, loin des tracas de la survie au-dehors, et tente de préserver un semblant de civilisation autour de lui, mais apprécie rapidement cette solitude forcée.


Ce roman est court, l’écriture se fait urgente, et l’ensemble s’énonce comme un monologue écrit par le seul survivant, qui se raccroche aux souvenirs du passé. L’action est rare, et chaque chapitre, très court, entame une réflexion sur le silence, la normalité, la solitude, la folie. A certains moment on pense au héros du Je suis une légende de Matheson qui prendrait la voix du Robinson de Michel Tournier.

Personnage hautement narcissique, Antoine Verney est souvent pris dans ses propres contradictions, par exemple quand, conscient de devoir économiser ses munitions, il les gaspille sciemment en tirant sur les zombies par jeu, du haut de son immeuble-forteresse ; ou quand, après que les zombies sont partis chercher leur nourriture ailleurs, il souffre de leur absence et fait tout pour les rameuter. Ce court roman méditatif, à l’écriture élégante, préfère aux angoisses d’un survival effréné le quotidien d’un survivant misanthrope.

Chroniqué dans le cadre du challenge Zombies

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