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la fièvre de l'or rouge

On s’arrête sur La fièvre de l’or rouge, d’Andréa Deslacs. Novella d’une soixante de pages, publiée par Hydralune. 2017. Très belle couverture – illustration signée Tithi Luadthong.

Petit préambule : l’auteur de ces lignes, déçu ces dernières années par quelques textes rangés dans la catégorie Steampunk, était devenu méfiant à l’égard de cette étiquette. C’était donc un réel pari de se lancer dans La fièvre de l’or rouge. Pari gagnant.

Donc, le cadre : eh bien non, ça ne se passe pas en Angleterre avec des hauts-de-forme et des guêtres « do it yourself », mais dans les Seven Mountains d’un grand Ouest totalement revisité. Le point de départ du récit se situe à Blood Mosquito, c’est par là que transitent tous ceux qui se lancent dans la quête de l’or rouge, au fond des mines des sept montagnes.

Alistair, un biologiste qui tente de retrouver la trace de son frère disparu, y rejoint Fox, un mercenaire, et Chayton, un « Tytane ». Les Tytanes sont des alter-humains, aux yeux orangés, addicts au métal et… menacé par la rouille. Le métissage avec l’espèce humaine est possible, comme l’atteste la belle Oriana, autre protagoniste à venir, dans cette épopée asphyxiante où l’on meurt des piqûres de moustiques autant que des balles de revolver et de la folie ambiante.

Clin d’oeil à la réalité historique : la perception et le destin des Tytanes n’est pas sans rappeler, par certains aspects, ceux des Amérindiens, confrontés à la violence et à l’avidité d’Européens toujours plus nombreux. Outre la dimension politique et sociale du récit, cette « fièvre » fait également écho à la frénésie qui s’est emparée de l’Ouest au tournant du XIXème, immense terrain de jeux et de fantasmes pour une partie du vieux monde venu chercher des sensations nouvelles de ce côté-ci de la planète.

On songe un instant au Général Sutter de Blaise Cendrars, dans L’or. Ou, dans un autre genre, à L’Aguirre d’Herzog, où dès le XVIème siècle et plus au sud, la folie abrasive de l’or finit par anéantir les personnages un à un.

La fièvre de l’or rouge renoue avec ces récits existentiels américains où les personnages s’enfoncent dans leurs propres ténèbres au fur et à mesure où ils progressent dans leur périple géographique. Comme si mines et montagnes devenaient la topographie de leur délires.

                                                                                                                              Stéphane Croenne

Extrait : « Oriana à elle seule était une provocation. Et là, Yvan ne songeait pas à la robe crème à dentelles et aux jupons qui donnaient une allure très urbaine à cette jeune femme vivant en pleine jungle. Il pensait plutôt à ses origines. Une bâtarde de Tytane. Il ne voyait aucune autre explication à son physique si singulier. Comme quoi, cette race indigène mangeuse de métal pouvait être fécondée par les expatriés de l’Ancien Continent ! Le visage aux traits fins d’Oriana offrait une carnation laiteuse et elle possédait des lèvres cerise qu’on mourait d’envie de baiser. Mais la texture rêche de ses longs cheveux droits couleur d’acier, l’iris orangé de ses yeux, la longueur inhabituelle de ses doigts n’évoquaient que les natifs de la forêt. L’espèce s’achevait en beauté avec cette bâtarde. »

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